Du savoir faire à plein panier

manceigneDSCN8147Des paniers comme on n’en fait plus
A 79 ans, Eugène Desbranches est l’un des très rares détenteurs subsistants d’un savoir oublié. Vannier amateur, il préfère la mancienne au plus répandu osier.
D’accord, son parcours professionnel d’ancien monteur en charpente métallique des établissements Brisard et Waltefaugle, à Dampierre sur Salon, l’avait plutôt accoutumé aux réalisations en grand format.

Mais c’est dans un art infiniment plus petit qu’Eugène Desbranches, 79 ans, et chanitois de toujours, a acquis un savoir-faire ancestral auprès de son père. Il excelle en effet dans la fabrication de paniers en « mancienne » ou encore « manceigne » dans le patois local, cette viorne poussant dans les buissons et les friches des pelouses sèches, sur des terrains caillouteux.

« Autrefois, les personnes âgées en faisaient des corbeilles ou des paniers pour s’occuper », se souvient le spécialiste, seul survivant aujourd’hui de cet art séculaire à Champlitte. Des paniers, le bien nommé Eugène Desbranches en a toujours tressés, même si cette activité a pris de l’ampleur depuis qu’il est en retraite.

Héritier d’un savoir-faire ancestral auparavant transmis de génération en génération, il en produit une douzaine par an, « pour les amis et la famille uniquement », précise-t-il. Pour ce faire, il ne compte pas ses heures, travaillant à soin rythme, « un peu le matin, et un peu l’après-midi ».

Fabriquer un panier en mancienne, demande beaucoup de travail de préparation. Il faut d’abord trouver la matière première, en cueillir les verges, avec grand soin de les choisir bien grandes, et sans nœud si possible. Ce sont ensuite les outils spécifiques, qui entrent en action. Le rabot fait maison afin de lisser cette viorne, le « fendou » ou fendoir, outil ancien et artisanal en bois destiné à fendre les baguettes en trois ou quatre lanières. La serpette intervient également, pour les racler et enlever l’écorce, ce qui permettra de confectionner des paniers bien blancs.

La charpente est à base de cornouiller. Quant à l’anse, Eugène Desbranches utilise une roue de vélo pour la cintrer. Le génie rural à l’œuvre, en quelque sorte…

Il reste que le panier matériellement achevé, un autre facteur entre en ligne de compte : le temps. Une fois fabriqué, un bon panier doit être mis à sécher, longtemps, longtemps…

On serait tenté de penser qu’il ne s’agit là que d’un banal travail de l’osier. Mais notre bientôt octogénaire est catégorique sur ce point : « C’est différent, car la mancienne se travaille fraiche, juste après la cueillette », affirme-t-il, « elle ne doit pas sécher, sinon elle ne sert plus que pour allumer le feu ! ».

Le secret ? « Elle doit rester souple ». Avec un certain nombre de contraintes. « L’osier est une plante d’eau, et l’eau participe à chaque étape de son travail, car on l’humidifie sans arrêt ». La mancienne, elle doit donc impérativement être travaillée « dans son jus ».

Exigeante plante, que cette tige de petite section, dont la hauteur peut atteindre jusqu’à 2,5 mètres. Produites par l’arbuste un arbuste à feuilles caduques, duveteux, et mesurant 6 mètres au maximum, que l’on baptise également « Viorne Lantana », les plus grandes sont les plus recherchées. Car on trouve de plus en plus rarement cette viorne fleurissant en blanc et arborant des baies rouges.

« A cause du déboisement, je fais parfois des kilomètres, pour en trouver », admet notre passionné. Il en connaît cependant sur le territoire de Saint-Maurice-sur-Vingeanne, près de la route de Montigny à Orain, à l’ancienne carrière d’Orain, ou encore sur la Pâturie, à Champlitte, sans oublier les environs de Frettes. »

Des gisements devenus rares, mais encore moins que ne l’est à présent leur exploitation. Il est bien loin, en effet, le temps où les « drupes », les fruits de ce singulier végétal, servaient à confectionner l’encre bleue-noire des écoliers…

Quant à Eugène Desbranches, son objectif est clair : « Je cherche à transmettre mon savoir-faire », clame-t-il sans détour. Très rares sont, en effet, les personnes à le maîtriser, jusque dans un secteur élargi. Une « personne d’un certain âge » possède, paraît-il, la technique à Orain. Une autre, plus jeune, serait en train d’en apprendre les rudiments à Sacquenay… C’est au fond assez peu pour une vraie garantie de pérennité. Mais qui sait ? Peut-être qu’au bout de cet appel, notre vannier d’autrefois verra-t-il se tresser de nouvelles vocations ?

3 commentaires sur “Du savoir faire à plein panier

  1. Eugène Desbranches fabrique des paniers en mansienne
    Eugène Desbranches a toujours confectionné des paniers en mansienne. Il en fabrique d’autant plus depuis qu’il est en retraite.
    Eugène Desbranches, 79 ans, ancien monteur en charpente métallique, est chanitois depuis toujours. Il a acquis un savoir-faire ancestral auprès de son père, et fabrique des paniers en mansienne comme autrefois. « Autrefois, les personnes âgées confectionnaient des corbeilles, des paniers pour s’occuper ; aujourd’hui, je suis le seul dans la commune à en réaliser encore comme jadis. Je tresse des paniers depuis longtemps, mais davantage depuis que je suis en retraite. C’est un savoir-faire ancestral qui se transmet de génération en génération. J’en réalise une douzaine par an pour mes amis et ma famille uniquement. Je ne compte pas mes heures et je travaille un peu le matin et un peu l’après-midi », confie Eugène Desbranches.
    Un arbuste de plus en plus rare

    « La mansienne est une tige de petite section, sa hauteur peut avoisiner les 2,50 m (les plus grandes sont les plus recherchées), elle fleurit blanc et ses baies sont rouges. E n raison du déboisement, cette viorne est de plus en plus rare, je parcours parfois des kilomètres pour en trouver. On en trouve sur le territoire de Saint-Maurice-sur-Vingeanne, près de la route de Montigny à Orain, à l’ancienne carrière d’Orain ou encore sur le site de la Pâturie à Champlitte et à Frettes », explique Eugène Desbranches.
    Transmettre son savoir-faire

    Et de poursuivre : « Ce travail est différent de celui de l’osier car la mansienne se travaille fraîche, juste après la cueillette, elle ne doit pas sécher, sinon elle ne sert qu’à allumer le feu. Elle doit rester souple. De plus, l’eau participe à chaque étape du travail de l’osier, qui est humidifié pour être travaillé à la différence de la mansienne. Je cherche à transmettre mon savoir-faire. Dans le secteur, rares sont les personnes à savoir faire un panier ; il y a une personne d’un certain âge à Orain qui en réalise et une autre plus jeune à Sacquenay qui apprend », ajoute ce ­vannier d’autrefois.
    Réaliser un panier en mancienne demande beaucoup de travail de préparation, il faut trouver l’arbrisseau, cueillir les branches bien grandes et sans nœud si possible. Il est nécessaire ensuite de préparer les outils spécifiques, à savoir le rabot fait maison afin de lisser cette viorne, le “fendou” (ou fendoir, un outil ancien et artisanal en bois) pour les fendre en trois ou quatre lanières, et la serpette pour les racler et enlever l’écorce et réaliser des paniers bien blancs. La charpente de l’ouvrage est réalisée en cornouiller, Eugène Desbranches utilise une roue de vélo pour cintrer les anses. Le panier, une fois fabriqué, doit être mis à sécher longtemps.
    La mansienne ou viorne lantane est un arbuste à feuilles caduques, duveteuses, mesurant au plus 6 m. Il fleurit en mai-juin et on le trouve dans les taillis ou au bord des bois. Autrefois, les drupes (fruits) étaient utilisés pour fabriquer de l’encre bleu-noire.

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    1. Bonjour, je suis vannier amateur et je travaille l’osier acheté à Bussieres les Belmont (52).je serais intéressé par l’apprentissage de la vannerie sauvage que Mr Desbranches pratique. Il parle de transmission et il est à mon avis très important de faire perdurer ces techniques ancestrales.Je vois que cet article date de 2015, ma question est de savoir si cette transmission est toujours d’actualité.
      Très cordialement.

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