Le tympan de la cathédrale Saint Lazare d’Autun (suite)

Le tympan de la cathédrale Saint Lazare d’Autun est historié, il présente une figure centrale et imposante sur toute sa hauteur. Cette figure masculine siège sur un trône formé par une architecture en arcade, elle est auréolée d’un nimbe crucifère. Cette figure est frontale, aux bras ouverts et positionnés au niveau du bassin, et est inscrite dans une mandorle. Le pourtour de la mandorle porte l’inscription latine : « Omnia dispono solus meritos [que] corono quos scelus exercet me judice poena coercet ». En haut du tympan, encadrant le nimbe cruciforme se trouve deux visages émergeant d’un cercle. Quatre êtres ailés entour la mandorle, les deux de la partie supérieure sont renversés. La partie gauche du tympan est séparée en plusieurs registres. Sur la partie haute, au plus proche de la figure centrale est figuré une femme nimbée siégeant sur un trône reposant sur une arcature miniaturisée, à son coté un homme ailé porte une trompette. A sa droite est représentée une architecture sur plusieurs niveaux pourvus d’arcades, animées par différente figure humaine. Sous la figure trônant se trouve un groupe de neuf hommes auréolés, dont huit sont tournés vers la figure centrale ; le neuvième, plus grand que les autres, est tourné vers la gauche tenant dans sa main droite une grande clé et dans sa main gauche les mains d’une figure humaine nue et miniaturisée. A gauche de ce groupe, se trouve un groupe de trois personnages, un homme ailé portant un être nu plus petit afin qu’il ait accès à l’architecture en amont ; il est enlacé par un autre de ces êtres. Un autre groupe formé également par trois personnages jouxte ce groupe, le personnage central du trio est un ange jouant de la trompette il est agrippé par un homme nu, un autre lui faisant face est cramponné à une aile de son homologue. La partie droite du tympan est subdivisée en plusieurs parties. Dans la partie haute trône deux hommes nimbés dont l’un tenant un livre. Ils reposent sur une arcature faisant écho à celle de gauche. A leurs côtés un personnage ailé tient une trompette. Sous eux les personnages sont divisés en deux, par une balance soutenue par une main émergeant de l’architecture. La balance penche vers la gauche son plateau accueillant deux figures nues miniaturisées. Le plateau est tenu par un grand personnage ailé, abritant deux petits hommes nus dans les plis de son vêtement. Dans son dos une figure auréolée tenant un livre est tournée vers la mandorle. En opposition, le plateau droit de la balance, où se trouve un démon, est en hauteur. Un autre démon décharné est présent.
Dans ses jambes, appuis sur la balance de sa main droite et de sa main gauche tient un personnage nu par les cheveux. Derrière lui un troisième démon grimaçant le surplombe, celui-ci porte sur ses épaules une autre créature démoniaque semblant précipiter un homme dans orifice. D’autres démons émergeant de cet orifice torture les autres personnages, à leur gauche un ange joue de la trompette.
Le tympan repose sur un linteau également historié. Entre le tympan et le linteau se trouve trois phrases inscrites de gauche à droite, « Quisque resurget ita quem non trahit impia vita et lucebit ei sine fine lucerna dei », « Gislebertus hoc fecit » et « Terreat hic terror quos tereus alligat error nam fore sic verum notat hic horror specierum ». La frise du linteau est séparée en son centre par un ange tenant une épée. Les figures de gauche comme de droite émergent de sépultures. Le cortège de gauche est constitué de figures nues ou habillées tournées vers la figure se trouvant dans la mandorle, et au centre de ce groupe se trouve un ange.
Trois voussures encadrent l’ensemble. La voussure interne est non-historiée et repose sur deux chapiteaux, celui de gauche représente six vieillards de l’Apocalypse et celui de droite la purification de la Vierge et la Présentation au Temple. La voussure centrale est ornée d’une guirlande végétale et repose sur un chapiteau représentant le renvoi d’Agar et Ismaël par Abraham d’une part, et la conversion de saint Eustache de l’autre. La voussure externe présente une série de trente médaillons et demi figurant les signes du zodiaque et les mois de l’année.
Le décor de ce tympan et du linteau relate principalement la séparation des nations évoquées par Matthieu au sujet du Jugement dernier, qui reçoit ici une mise en scène magistrale. Le monde est alors séparé selon un rythme binaire que l’on retrouve à plusieurs fois sur le tympan : l’opposition droite/gauche, bien/mal, Paradis/Enfer, justes/damnés, etc.

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2 commentaires sur “Le tympan de la cathédrale Saint Lazare d’Autun (suite)

  1. Il est possible de remarquer très clairement cette séparation au niveau du linteau, où un ange armé vient marquer la division dans ce cortège des ressuscités. Ils sont pour la plupart déjà sortis de leurs tombes ressuscités au son des trompettes soufflées par les anges aux extrémités du tympan. Il réalise la séparation entre les « justes » et les « damnés » (une idée qui est à nuancer, comme il sera démontré à la suite de ce développement). Il est rare que tant d’importance soit donnée à la séparation des « bons » et « mauvais » sur un tympan, c’est pourquoi il est intéressant de commencer de là.
    Tout d’abord, du côté du groupe des « justes », à la droite du Christ, est identifié par l’inscription en vers léonins : « Quisque resurget ita quem : non trahit impia vita et lucebit ei sine fine lucerna dei » (« ainsi ressuscitera quiconque ne mène pas une vie impie et luira pour lui sans fin la lumière du jour »), ce qui indique que tout ce qui se trouve de ce côté suggère la partie des élus. Il est possible de voir trois personnages portant des manteaux, certains avec des vêtements sacerdotaux et d’autres étant complètement nus. Ils se dirigent dans une relative sérénité (comme engagés dans une procession) vers l’axe de la composition (le Christ) afin de pouvoir accéder à la Jérusalem céleste, qu’ils regardent en levant les yeux. Certains contemplent le Christ, comme on peut le voir par les mains posées sur le menton ou levées au ciel.
    Comme on peut le voir par les mains posées sur le menton ou levées au ciel, d’autres rendent grâce au Christ-Juge par des gestes de prière. Un groupe peut retenir notre attention : celui composé de l’Ange avec la représentation de trois âmes nues qui s’accrochent à lui en pointant la Jérusalem céleste, comme s’ils demandaient à y accéder (cela a été interprété comme trois enfants impatients d’aller au Paradis). De rares visages sont emplis de craintes, ce qui montre que la peur n’abandonne pas pour autant les élus. Cependant, cette crainte reste moins exprimée par rapport à ce qui est observable sur la gauche du Christ. Leurs regards s’élevant offrent un mouvement ascensionnel qui emmène le spectateur à regarder la partie gauche du tympan. Au niveau inférieur de celui-ci, on peut voir entre autre un groupe de huit personnages se dirigeant vers le Christ qui sont désignés comme des apôtres, mais certains spécialistes aujourd’hui les attribuent à des élus (comme dans les compositions byzantines du Jugement dernier). Ces personnages sont représentés de manière très longiligne et graphique, avec de beaux plissements de drapés (proche de la tradition byzantine). L’homme imposant aidant une âme, représentée plus petite, à atteindre le Paradis n’est autre que saint Pierre, qui est présenté sous la fonction de psychopompe. Il est reconnaissable par son attribut : les clefs du Paradis. L’extrême gauche est quant à elle occupée par l’ascension au Paradis des élus (représentés nus comme le veut la tradition occidentale), qui sont aidés par des anges les transportant. Ces derniers sont représentés ailés, auréolés, pieds nus, vêtus de longues robes, comme le veut la tradition iconographique, et possède un corps filiforme qui participe à l’élévation du regard pour le fidèle. Cette élévation emmène à la représentation de la Cité céleste, le Paradis, pourvue d’arcades à trois niveaux, où l’on peut voir des bienheureux qui ont déjà accès au Paradis éternel. Pour accéder à cette vie éternelle, il faut réussir à traverser les ouvertures étroites qui correspondent au chemin resserré conduisant à la vie éternelle. La Vierge en adoration trônant à la droite du Christ fait écho à la porte ouverte du Paradis, elle revêt alors la fonction de « porte » du Ciel dans l’ascension spirituelle du fidèle.
    Pour ce qui est du côté des « damnés » du linteau, c’est-à-dire à la gauche du Christ, ils sont identifiés par l’inscription en vers léonins: « Terreat hic terror ; quos terreus alligat error : nam fore sic verum notat hic horror specterum » (« Que cette terreur terrifie ceux qui lie l’erreur terrestre, car l’horreur de ces images signifient que tel sera leur sort »), qui prévient le fidèle de ce qui arrive aux pécheurs. Il est représenté dix-huit personnages, dont la plus grande majorité est nue, et dont les fortes expressions contrastent avec la sérénité du groupe qui leur fait face. Effectivement, leurs visages et leurs gestes transcrivent la peur, le remords, le désespoir, la douleur physique ou morale (avec des corps crispés et se contorsionnés, bouches incurvées vers le bas ou béantes, etc.).

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