Le matriarcat en milieu rural 2.

Mon père n’aurait pas pris une décision sans en parler à ma mère. Il y a cette histoire racontée par un maquignon. Il avait fait affaire pour la vente d’un veau avec les hommes de la ferme, située dans la vallée de la Vingeanne. La fermière est arrivée et a dit : « L’affaire n’est pas conclue, vous n’avez pas parlé avec moi. ». On disait alors « La femme porte le pantalon. »

La femme était souvent la première levée, à la ferme, elle préparait le café, trayait les vaches, aidait à l’attelage des chevaux, faisait le pain, s’occupait des volailles, préparait la cuisine (l’homme qui se mêlait de la cuisine était un casserolain ou casserolât), servait à table, faisait le ménage, le repassage, la couture et s’occupait du jardin potager à la belle saison. Cependant, elle faisait les comptes. Rien ne se vendait ni s’achetait sans son avis.

Il y avait certes les interdits liés aux règles. La tradition disait qu’une femme qui avait ses règles ne devait pas s’occuper du saloir ou monter une mayonnaise.

Les femmes d’agriculteurs ont obtenu un statut. Les femmes ont conduit les tracteurs, la moissonneuse-batteuse pour certaines. Au bois, certaines ont pris la tronçonneuse.

Les femmes échangeaient des informations au lavoir. Les anciens disaient : « Le linge sort tout blanc, les réputations toutes noires. »  Ma mère lavait à la main dans la cour. L’achat de la première machine à laver à la ferme a eu lieu en 1970. C’était un grand progrès.

L’éducation des enfants, c’était encore le rôle de la femme. Les enfants, après leur communion solennelle participaient souvent à leur première moisson. Ils aidaient à la ferme, s’occupaient du petit élevage : volailles et lapins et aidaient leur maman. Ils commençaient à faire litière aux vaches et aux chevaux et commençaient sans s’en apercevoir à apprendre leur métier de paysan. On disait : « Le paysan commence commis chez son père et fini commis chez son fils. » Il n’y a pas de paye, ni de syndicat pour l’agriculteur retraité qui travaille à la ferme. Il y avait pire, c’était pour un jeune c’était devenir « gendre ». C’était parait-il, une situation peu enviable. Il y avait une ferme prospère avec trois filles à marier. Le maitre de maison voulait trois gendres pour ses filles. « Trois gendres à la ferme ». Pour tout dire trois commis. Cela ne se passa pas comme prévu bien évidemment.

La femme choisissait son mari. Les pères voulaient arranger les mariages. Cependant la fille choisissait son galant au grand dam de sa famille. Un jour un homme que l’on appelait : « Le petit sorcier », voulait marier sa fille unique. Un homme que l’on appelait : « Le pape » lui  dit : « Tu vas marier ta Fille avec un Popelard ? (le nom a été changé).» « Le Petit sorcier » lui répondit : « Le jour où tu verras un Popelard, entrer chez nous, tu pourras prendre la lune avec tes dents. ». La fille se maria avec un Popelard. « Le Pape « interpella le « Petit sorcier » et lui dit : »Un Popelard est entré chez toi et je n’ai pas pris la Lune avec mes dents. « Le « Petit sorcier » rétorqua : « Les filles font bien ce qu’elles veulent !» La conversation a eu lieu en patois naturellement.

3 commentaires sur “Le matriarcat en milieu rural 2.

  1. https://remydelavingeanneblog.home.blog/2020/03/04/le-matriarcat-en-milieu-rural/amp/
    Autrefois, les déesses-mères étaient vénérées. La Vénus de Lespugues ou de Willendorf, sont là pour nous le prouver. La princesse de Vix était une femme ayant une charge politique dans la cité et sans doute religieuse.

    Plus près de nous, le patriarcat n’était pas très ancré dans le monde paysan, contrairement à ce qui est dit communément.

    Je ne sais pas, si c’est une exception, cependant mon père n’aurait pas pris une décision importante sans l’avis de ma mère. Je crois savoir que cela était fréquent dans d’autres familles paysannes.

    Dans le couple du Claudius et de la tante Ninie. C’est la Ninie qui tenait les cordons de la bourse. Quand, le dimanche, le Claudius voulait boire une chopine, chez madame Pernot, il lui amenait un lapin ou un sac de graine pour solder sa petite ardoise. Il buvait sa chopine de blanc, en disant parait-il : »Encore une que la Ninie ne verra pas ! ». Pendant ce temps la Ninie était à la messe et faisait ses dévotions

    Le maquignon, monsieur Asdrubal, nous contait cette histoire : Un jour, dans la vallée de la Vingeanne, il voulait acheter un veau de race Montbeliarde. Il fait affaire avec les deux hommes de la famille. Il vient chercher le veau. Il voit la femme de la famille. Cette dernière dit : »Que voulez-vous ? » Le maquignon répliqua : »Je viens acheter un veau ? » La dame répondit : »La vente n’est pas valide, vous n’avez pas fait affaire avec moi ! »

    Dans un village de la vallée de la Vingeanne, les habitants avaient pour surnom : »les brayats », les porteurs de braies, ce surnom était ironique, car dans ce village, ce sont les femmes qui étaient supposées porter la culotte, c’est-à-dire avoir le dernier mot.

    Ces petites histoires pour vous dire que le patriarcat en milieu rural n’est pas si évident que cela.

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