Ethnopôle : vers un musée populaire

DSCN0019Ethnopôle
Samedi, au musée des Arts et Traditions populaires a eu lieu le vernissage de l’exposition et signature de la convention Ethnopôle, entre l’Etat et le département de la Haute-Saône en présence d’Yves Krattinger, président du conseil départemental et de Bernard Falga, directeur régional des Affaires culturelles.
Dans le cadre du projet stratégique « Musées 2020 », le département de la Haute Saône et ses partenaires ont engagé une réflexion pour développer les relations entre les musées départementaux et leurs territoires. Une ethnologue, a été recrutée en avril 2015, comme chargée de mission Ethnopôle, il s’agit d’Aurélie Dumain.
Un ethnopôle est un label (associé à un soutien scientifique et financier) attribué par le ministère de la culture à une structure qui articule recherche en sciences sociales (enquête, publication, journées d’études) et action culturelle « participatives » en lien avec des musées (dispositifs participatifs, expositions, etc). Il lie par convention une structure ou collectivité au ministère de la culture qui apporte son soutien scientifique et financier pour plusieurs années. L’Ethnopôle des musées départementaux de haute Saône est le quatrième ethno pôle de France, après l’ethnopôle Courbet dans le Doubs.
La thématique de l’Ethnopôle et de réinviter les musées d’arts et traditions populaires en leur rendant leur dimension populaire, en développant une méthode de contribution citoyenne, à même de permettre une implication des habitants dans les projets du musée et du territoire.
Au regard de leur histoire, les musées Albert et Félicie Demard, qui ont été créés par des paysans autodidactes en relation étroite avec la population locale, se présentent comme des sites idéaux pour expérimenter de nouvelles relations entre musées, patrimoines et population. De telles relations sont aujourd’hui en crise dans ce type de musées alors qu’ils étaient au principe de leur fondation.
Dans ce cadre a été mis en place « le gang des chiffonniers », un atelier hebdomadaire consacré aux arts du textile, au cours duquel, des chanitois ont pu créer des œuvres collectivement.
Une enquête ethnographique a aussi été menée avec des habitants du territoire pour interroger leurs rapports au musée et plus largement au territoire.
Ces différentes actions ont permis à environ deux cents habitants de contribuer à la mise en place de place de l’exposition : « Un musée habité… Pas qu’une expo ». Entièrement conçue avec des habitants du département. Cette exposition consiste à revisiter avec eux l’exposition permanente en liant passé et futur. Il s’agit d’interroger l’attachement des habitants au musée ainsi que la manière contemporaine d’habiter la ruralité en rendant sa dimension populaire au musée et mettant en scène le patrimoine réapproprié par les chanitois et plus largement par les habitants de la Haute Saône.

L’avenir du musée sous un angle collectif

DSCN0009L’avenir du musée sous un angle collectif
L’ethnologue Aurélie Dumain a animé un échange sur le positionnement de cet outil culturel qui parle de nos racines.
Un peu de sémantique, tout d’abord… L’appellation « ethnopôle » s’attache à une institution qui, en matière de recherche, d’information et d’action culturelle, œuvre à la fois au plan local et au niveau national. A travers cette appellation, la mission du patrimoine ethnologique entend, dans le cadre propre à chaque structure, promouvoir une réflexion de haut niveau s’inscrivant tout à la fois dans les grands axes de développement de la discipline ethnologique et dans une politique de constitution des bases d’une action culturelle concertée.
Selon Aurélie Dumain, précisément ethnologue, chargée de mission Ethnopôle, le musée est « le réceptacle des souvenirs du peuple, le conservatoire de la culture populaire ». Différente de la culture académique, cette dernière est centrée sur l’histoire du peuple. Ce qui ouvre une porte fascinante : l’anecdote et le ressenti ont leur place dans le musée. Voilà qui eût sans doute conforté, en son temps, ce grand visionnaire que sut être le fondateur, Albert Demard. En tout cas, Aurélie Dumain est formelle : « Ce musée, est ouvert sur l’histoire des pauvres, des gens de la route, c’est un lieu de représentation pour les marginalisés, les gens sans voix. Il émane du peuple, ce sont les gens du cru qui ont amené les objets. Ils sont, par ce biais, devenus acteurs de leur territoire ». Mais au-delà de ce qui est déjà fait, il reste ce qui est à faire. A l’heure actuelle, le musée cherche à tisser du lien, pour mettre en place de nouvelles actions entre les habitants et le patrimoine. Il s’agit, en fait de « lui donner du sens ». Dans cet esprit, chacun pourra apporter sa contribution, en vue de construire un projet commun, intitulé : « Un musée habité ». L’exposition de l’œuvre réalisée dans le cadre du « Gang des chiffonniers » est toute à cet objectif : réinventer la dimension populaire du musée, en s’inspirant des collections. « Le musée des Arts et traditions populaires doit devenir un forum, un lieu de débat sur une société à construire », estime Aurélie Dumain. Parmi les pistes envisagées, l’ouverture sur l’agriculture, même si d’autres sujets de débat pourraient s’y inviter, parmi lesquels les nouveaux pauvres, ou l’habitat rural. « Le musée renvoie l’image d’une communauté telle qu’elle a été à un moment donné, révélatrice d’identité forte », analyse encore l’ethnologue pour qui « les habitants pourraient se réapproprier cette identité en la rendant vivante ».
Des propositions sont venues de l’assistance, notamment l’idée d’organiser un repas au musée, pour se raconter, se rencontrer, et se reconnaitre dans le musée. Ou encore de donner envie aux enfants de visiter le musée en le rendant plus attractif en mettant en scène les collections. En filigrane, ces échanges ont permis de réfléchir sur une vraie question centrale : le rôle d’un musée d’Arts et traditions populaires aujourd’hui.