L’amoureux des mots

L’amoureux des mots 33
Intéressé par ce qu’il venait d’apprendre sur cette époque si différente Jonas posait des questions à sa grand-mère sur l’école car cela allait être la rentrée scolaire.
Mamie Charlotte répondait : « il y a 80 ans. Je suis allée à l’école vers l’âge de 3 ou 4 ans, l’école maternelle était pour garçons et filles, nous y faisions des canevas c’est-à-dire des tresses de papiers à passer dans une grille prédécoupée pour en faire un tissage sans déchirer.
Sur des ardoises en cartons nous faisions des bâtons et des zéros. Nous chantions et mimions des chansonnettes. De 4 à 8 ans, à l’école élémentaire, nous portions des blouses noires et apprenions la lecture le B.A BA., les voyelles, puis l’alphabet.
La maitresse nous lisait des contes, qu’il fallait pouvoir raconter et mimer. Nous faisions de petites expériences par exemple faire cuire un œuf. En fin d’année nous apprenions des saynètes pour la Noël. A la récré, nous faisions des rondes en chantant. A la récréation nous jouions à la marelle. Nous apprenions aussi les tables d’additions et de multiplications et quelques petites opérations. Nous apprenions à écrire à la plume avec les pleins et les déliés. A 8 ans c’était la grande école, avec bien plus d’occasion de se dissiper et d’avoir des punitions, après c’était le Certificat d’Études Primaire. J’étais première du canton.
En arrivant le matin c’était des cours de morale et d’instruction civique, récitation puis problèmes ; L’après-midi c’était la dictée, conjugaison, rédaction, lecture. Une fois par mois nous étions notés avec des appréciations de l’enseignant et nous devions le faire signer aux parents. Il y avait 3 cours : élémentaire, moyen, et supérieur plus l’année du certificat d’étude. Nous lisions : « Le tour de France par deux enfants » de G. Bruno, et Erckmann Chatrian, tes parents lisaient : « Bridinette » de Charles Vildrac »
Jonas répondit « Nous on commence la journée en regardant la télévision, à l’école nous faisons de l’informatique, pour nous détendre en rentrant nous avons nos consoles de jeu, et certains ont un téléphone portable. »
Mamie Charlotte ajoute : « Nous allions au catéchisme. A partir de 7 ans, une vielle demoiselle, nous apprenait les prières. Ensuite trois fois par semaine à 13 h 30, avant l’école monsieur le curé nous faisait réciter ce qu’il nous avait d’apprendre. Nous devions savoir par cœur toutes les réponses aux questions, les commandements, les mystères, les actes, et nous avions les confessions en vue de la communion privée vers 10 ans. La communion solennelle pouvait avoir entre 11 et demi et 13 ans selon le degré d’instruction. »
Les grands-mères qui élèvent leurs petits-enfants laissent toujours une trace dans leur cœur.

L’amoureux des mots

L’amoureux des mots 32
Grand-mère, la moisson c’était comment avant :
« L’orge et la navette était les premières fauchées avec la javeleuse, car la paille était très courte. Il fallait ensuite ficeler les javelles avec un lien de paille le plus souvent, on en faisait peu, car il fallait l’engranger rapidement fin juin.
En juillet c’était les blés avec la moissonneuse lieuse, un gros engin qui fatiguait beaucoup les chevaux. Cela se faisait en pleine chaleur, il fallait protéger les chevaux avec des oreillettes, contre les « tavins », ou taons, ces grosses mouches étaient très piquantes. On badigeonnait les chevaux de brou de noix et on leur mettait un tablier à pompons devant le poitrail.
Pour la coupe, le blé tombait dans le tablier, constitué de grosses toile armées de baleine en bois, qui entrainait le blé dans la botteleuse pour former et ficeler les gerbes qui étaient éjectées par deux ou trois. Il fallait ensuite relever les gerbes par six en formant « les javelles ». 5 appuyées debout en cercle, une au-dessus pour former un toit protégeant les autres gerbes.
Le chargement était très délicat, pour ne pas fouler les épis, un rang couché d’un côté, un rang dans l’autre sens.
Avant d’avoir un hangar, nous faisions des « tisses » avec toujours la même technique, les épis à l’intérieur.
La moisson des avoines venait ensuite. En aout, il fallait qu’elle soit finie à la Saint Barthélémy, pour ce qu’on appelait le « foyou d’avoine ». On mettait les avoines en tisse également en attendant le battage.
Le battage, c’était un entrepreneur qui venait, il possédait une grosse machine à battre et se déplaçait de village. C’était lui qui fixait la date. C’était chacun son tour ce qui permettait de s’entraider. Car il fallait être nombreux, une personne jetait les gerbes sur le tablier de la machine, une autre coupait les ficelles et « engrainait » en poussant les gerbes dans la gueule de la machine en haut.
En bas il fallait une personnes pour réceptionner la graines dans des sacs, une autre pour dégager la paille et la mettant dans une presse pour la ficeler, une autre pour dégager les bottes, il y avait aussi la bouffe (l’écorce des graines), qui était récupérée dans des chariots munis de claies à houblon. Elle servait l’hiver, mélangée à des betteraves coupées pour les vaches, on appelait ça « la pouture ». Les femmes apportait un casse-croute et à boire aux travailleurs. La journée se terminait par un festin pour récompenser un si dur travail.
Le lendemain, il fallait mettre les sacs sur les chariots, compter ceux qu’il fallait monter au grenier, pour les futures semailles, le pain, les rentères (loyers pour la terre payable en nature) et tous les autres sacs scellés livrés à la Coopérative de la Haute Vingeanne.
L’avoine était montée sur le grenier. Les chevaux, les vaches, les lapins, les poules en profitaient, elle était mélangée à de l’orge écrasée, on appelait ça « l’orgie ». Toutes les semaines, il fallait aérer les graines sur le grenier pour éviter la fermentation. On prenait un soin particulier pour les futures semences.»

L’amoureux des mots

img049L’amoureux des mots 31
Le début de l’été était marqué par les foins. Jonas demandait à grand-mère :
« Raconte-moi les foins, autrefois? »
La grand-mère répondait : « Nous avions quatre genres de foin : l’herbe des prés, les regains constitués de la deuxième coupe des prés, la luzerne, le trèfle et parfois un cinquième le sainfoin.
Comment cela se passait-il mamie ?
« Eh bien pour le trèfle, nous en réservions une petite partie pour qu’il porte graine après floraison. Nous allions le battre à un jour désigné. Beaucoup d’agriculteurs pratiquaient cette façon de récolter la semence.
C’est après mon mariage avec ton grand-père que je suis réellement entrée dans le milieu agricole, auparavant j’y avais déjà travaillé étant jeune fille. J’ai donc fait pour la première fois les foins à Saint Maurice en 1954. Pendant les foins il fallait se lever encore plus tôt que d’habitude. Cela afin que les chevaux aient mangé, aient été étriés, désaltérés avant de partir de partir attelés par deux à la faucheuse. Il fallait deux chevaux qui marchaient bien en accord. Ton grand-père curait les vaches pendant que les chevaux mangeaient, puis il déjeunait d’un café au lait et de pain grillé. Lorsque le pré était éloigné de plusieurs kilomètres, c’est ton arrière-grand-père alors âgé de soixante-cinq ans qui partait après avoir gobé un œuf. Après avoir mené les vaches au pré, ton grand-père allait le remplacer. Il attelait la repiqueuse pour décoller l’herbe et l’aérer pour le séchage. Nous faisions beaucoup de foin pour les vaches en hiver. «
Raconte-moi encore ?
« Quand il était suffisamment sec, on passait la râteleuse avec un cheval pour mettre le foin en « endain ». Ensuite à la fourche nous le mettions en cabotes, par petits tas qu’il fallait retourner le lendemain, avant de charger les chariots. Si le temps menaçait nous de gros tas. Tout cela se faisait à la fourche. Pour tendre le foin sur le chariot, il fallait des fourches à grand manche. Et sur le charroi il fallait se débrouiller, faire des rouleaux avec les bras, pour former des bordures que nous appelions les « borgeons », et par lit, bien tassé, pour faire quatre rangs au dessus des ridelles. Ensuite il fallait passer la corde par le milieu et la tenir en descendant par derrière pour l’accrocher au tour prévu à cet effet sur le chariot et tourner pour serrer le plus possible »
La grand-mère poursuivait :
« Arrivés à la maison, il fallait faire reculer le cheval pour entrer dans la grange, devant le déchargeoir. Il fallait être trois, un sur le chariot, un sur le déchargeoir pour le tendre sur le tas, c’était moi qui était chargée de disposer et de tasser le foin pour sa conservation, afin d’en mettre le plus possible, nous appelions ça « tarpir ». Nous faisions une quarantaine de chariots de fin mai à fin juin. On mettait un bouquet sur le dernier des chariots.
Les regains se faisaient fin aout, début septembre, étaient surtout un travail au râteau, pour le ramassage et le séchage. Il était réservé aux vaches car c’était un fourrage très riche que les chevaux n’auraient pas digéré. »
Jonas était insatiable, ce passé lui semblait si différent du présent et pourtant si proche, on faisait les mêmes choses mais différemment.

L’amoureux des mots

L’amoureux des mots 30
La grand-mère de Jonas lui racontait ses souvenirs : « Tous les matins, il fallait moudre le café, avec un moulin à café, et le grand père faisait cuire un tranche de lard maigre nappée de cancoillotte le tout arrosé de piquette au petit déjeuner. »
Parmi les souvenirs de la grand-mère figuraient en bonne place, l’exode et parmi ceux du grand-père, le maquis se plaçait en bonne place : le maquis de Barjon au sein du groupe Lucius commandé par Eugène Thévenot.
La mémoire familiale se transmettait de génération en génération par la conversation. Histoire et mémoire familiale se mêlaient.
Le souterrain de La Romagne, la légende des commandeurs enterrés debout avec leur armure en or dans la chapelle, le village perdu, et ses tumuli, tout revenait au gré de la conversation se mêlant avec les anecdotes faisant le sel de la vie.
Dans les familles paysannes, on avait le droit aux cerises qu’une fois les foins terminés, on commençait toujours par s’occuper des animaux en débutant les journées, avant même de prendre le petit déjeuner. Mais toutes les soirées autrefois se terminaient par une histoire qu’on racontait aux enfants. Voilà l’enseignement reçu par Jonas de la part de sa grand-mère. Jonas était le « queulot » ou « queuleu » ou encore « quelon », cela venait de « culot » en patois vigneron. On parle du queulot de la chopine. Autres mots proches: une queule (une racine ou une souche d’arbre qui dépasse de terre) , ou queusse (petit, rabougrit, maladif). C’était le petit dernier, il devait transmettre à son tour.
L’été était marqué par la cueillette des simples qui se déroulait pendant la période des foins et des moissons : Au fil des balades sur les routes et les sentiers de randonnée de la Vingeanne, le promeneur sans être un botaniste émérite pouvait et peut encore rencontrer des plantes médicinales sauvages à usage familial.
Sur les plateaux calcaires dans le secteur d’Orain, Champlitte et Saint Maurice sur Vingeanne, il peut cueillir tout en respectant la nature le thym serpolet, la matricaire, la verveine afin de concocter des tisanes. Le thym serpolet qui possède d’importante vertus aromatiques, est souverain contre notamment pour soigner des refroidissements, laryngites, bronchites. La matricaire qui a les mêmes propriétés que la camomille romaine est utilisée en infusions également. On la cueille en été. Elle est utilisée pour soulager l’insomnie, le mal de dos ainsi que les rhumatismes et l’indigestion. La verveine est aussi utilisée en infusion, traite les digestions difficiles, les maux de ventre, elle stimule l’appétit et la fonction hépatique.
La feuille de ronce cueillie en hiver calme et soulage les aphtes, les gingivites, et les maux de gorge. On trouve les ronciers dans les friches et les haies
La saponaire que l’on trouve sur Orain et Champlitte, sert fabriquer le savon c’est un bon purgatif et un diurétique.
Le coquelicot sert à fabriquer un sirop pour les douleurs dentaires et contre la toux.
Les fleurs du bouillon blanc sont à cueillir. Ses propriétés concernent les voies respiratoires. Cette plante est considérée comme un expectorant utilisé pour les bronchites. On peut utiliser le bouillon blanc en infusion. On trouve le bouillon blanc dans les lieux incultes ou abandonnés, dans les décombres, sur les talus et le long des chemins et parfois dans les vieux mus.
La menthe aquatique, très fréquente à Saint Maurice sur Vingeanne, on trouve cette plante spontanée dans les prés humide, en bord de rivière, dans les fossés, au bord des étangs également. Les feuilles et les sommités fleuries sont à utiliser, on les cueille en plein été. Il faut les faire sécher à l’ombre, à l’abri de la lumière et de la poussière. Les vertus de cette plante sont aromatiques, stimulantes, stomachiques, antispasmodiques et analgésiques. La menthe aquatique, est recommandée contre l’aérophagie, les ballonnements, les vertiges, la mauvaise haleine, l’asthme et les bronchites. On l’utilise en infusion surtout.
Le mille pertuis perforé, est présent sur Saint Maurice, Orain, Champlitte Fontaine Française, on le trouve le long des sentiers, dans les lieux ensoleillés et sur les prairies sèches. On le considère comme antiseptique décongestionnant contre les troubles de la circulation et les artérites. On peut en faire des infusions ou une pommade, pour les plaies.
Il est recommandé d’utiliser seulement les plantes identifiées poussant dans un milieu sain.

L’amoureux des mots

L’amoureux des mots 29
Un grand évènement avait marqué Jonas dans sa vie à la ferme c’était le sort réservé à monsieur le cochon. Monsieur, lorsqu’on tuait un cochon de 300 livres, on disait c’est un monsieur!
Il fallait d’abord élever le porc. On allait l’acheter tout petit chez marchand. Un jour Jonas a été cherché le petit cochon dans sa soue près la mère du petit nourrin. Il a prouvé ainsi son courage. Le marchand a fait un prix car, il s’agissait du plus petit de la portée.
Le porc était élevé dans soue pavée avec une auge en pierre et de la paille bien sèche. Le sol était en pente pour bien évacuer les urines.
La nourriture était faite de pommes de terre cuites à l’eau avec leur peau, du petit ou l’eau grasse de la vaisselle sans détergents bien entendu. La nourriture était donnée tiède deux fois par jour dans le tect ou soue.
Il fallait nettoyer la litière en faisant attention que le porc ne se sauve.

Quand la famille le trouvait bon à tuer, elle le laissait jeuner un jour. La veille il fallait aiguiser les couteaux, préparer les draps de cochons, il s’agissait de draps usagers que l’on réservait pour tendre sur le pavé, pour y disposer le parc débité en rôtis, lard en bande, afin qu’il refroidisse et permettre de choisir.
Les oignons pouvaient être épluchés la veille. Il fallait prépare une ou deux brosses à chiendent à main pour laver le cochon frillé et raclé. Si on voulait savoir combien il pesait, il fallait préparer à proximité la bascule avec les poids en fonte, on se servait de poids de 5,10, et20 kilos Pour le sacrifier, il fallait un homme solide et adroit, pour lui attraper une patte arrière avec une petite corde assez longue pour l’attacher à un anneau scellé dans le mur à proximité.
Il fallait préparer une bassine, une poêle et de la paille.
L’homme devait le faire basculer et le maintenir sur le dos avec un genou, puis lui enfoncer le couteau dans le cou en direction du cœur, le sang qu’il fallait récupérer dans une poêle , et verser une bassine en remuant pour qu’il ne caille pas, on y mettait un peu de vinaigre et on le plaçait au frais.
Après cela il fallait friller la bestiole, c’est-à-dire bruler les soies, et les racler pour obtenir une peau toute rose, lavée à grande eau. Ensuite on la mettait sur « l’échelle à cochon », pourvue de crochets, et dressée contre le mur afin de l’ouvrir, pour recueillir la toilette. Il fallait une corbeille pour recueillir les boyaux, et des plats pour le foie, les poumons qu’il fallait gonfler en soufflant dans la trachée pour pouvoir s’en servir et les rendre cuisinables. La toilette, il fallait la laver à l’eau tiède et l’étaler pour qu’elle sèche pour pouvoir s’en servir, il ne fallait pas oublier d’enlever la vessie, et la bile du foie sous peine de gâcher tout le reste. On utilisait une autre corbeille pour recueillir les pieds et la tête, qu’il fallait enlever pour faciliter le passage dans les portes. Après cela, il fallait être costaud pour se mettre sous l’échelle et la trainer à la maison dans une pièce fraiche, réservée pour cela.
Après quoi le porteur avait bien mérité un petit remontant, pendant que les femmes s’affairaient pour les boyaux, l’estomac, qu’il fallait d’abord vider et gratter, à grande eau.
Il fallait éplucher 4 à 5 kilos d’oignons, que l’on coupait avec un « esse «»fait exprès, une tige assez longe avec une ferrure qui tranchait les oignons dans une marmite spéciale en fonte, où on mettait du saindoux pour les cuire afin de confectionner le boudin.
On filtrait le sang, en le versant dedans, et l’on assaisonnait avec un peu de sel, des quatre épices, du rhum, du gras des pannes versés dans un petit bol, coupés en petit dés. Il fallait ensuite bien mélanger et emboudiner en utilisant de petits entonnoirs réservés à cela : « les emboudinoues ». Il fallait ensuite faire chauffer une grande bassine large d’eau, et y plonger les boudins bien ficelés, il fallait qu’ils baignent, il ne fallait pas laisser bouillir. On voyait qu’il était cuit en piquant avec un aiguille fine. Il ne devait sortir que du gras. A ce moment les retiraient en les badigeonnant avec un petit morceau de lard gras. Ensuite on le laissait refroidir sur des plats en l’enroulant. On pouvait le déguster tel quel ou le faire griller. Il se gardait huit jours.
Le jour du cochon, on faisait cuire la tête avec les bajoues et des oignons piqués de clou de girofles et des légumes entiers dans une grande marmite, on mangeait plusieurs jours dessus.
Pour faire la terrine, la grand-mère de Jonas coupait du maigre de porc et de viande blanche (lapin ou veau), les mettre à mariner avec un peu de vin blanc et d’aromates (thym, laurier, oignon, poivre en grains 24 heures en remuant une fois)
Il fallait larder le fond d’une terrine et disposer une couche de viande rouge, une couche de viande blanche et mettre le hachis au milieu, et terminer par des bandes de viande et arroser d’un peu d’alcool (rhum ou eau de vie)et faire cuire au bain marie une heure et demie.
Pour le pâté en croute, il se réalisait avec la même garniture et la même façon de monter le pâté, mais sur une pâte contenant du saindoux ou du beurre, de façon à bien l’enrober, plus épais au fond, pour éviter de couler à la cuisson.
Il fallait pratiquer deux petites cheminées, et le badigeonner au jaune d’œuf délayé, on faisait quelques petits dessins. On faisait cuire au four moyen une heure trente à deux heures. Lorsqu’il était doré, il fallait le protéger avec du papier beurré.
On préparait ensuite les jours suivants quand la bête était découpée, le saindoux avec la panne prélevée, qu’on faisait fondre en gros carrés pour avoir une belle graisse blanche recueillie dans des pots en grès. On pressait bien les grattons que l’on salait légèrement pour les déguster comme une gourmandise. On pouvait lever des grillades sur le lard maigre. C’était une viande juteuse et tendre.
Quand on découpait le porc, on prélevait les morceaux entrelardé de la gorge pour les boulettes.
Le foie, de la viande entrelardée, du lard salé que l’on avait gardé de la fois d’avant étaient utilisés pour le pâté de campagne.
Pour faire de la chaire à pâtée, on pesait le même poids de foie et de lard gras salé, le double de viande grasse, une dizaine d’échalotes, un oignon, quelques gousses d’ail dégermées, un bouquet de persil. On passait tout ça au hachoir à grille moyenne, puis l’on ajoutait une bonne poignée de farine, quelques œufs entier, suivant la quantité, et un petit verre d’alcool, rhum ou prune, on tapissait une petite terrine avec de la toilette réservée, on y versait de la chair et sur le dessus avant de mettre le couvercle, une petite feuille de laurier, on cuisait au four au bain marie pendant une heure et demie. On pouvait attendre plusieurs pour le déguster.
Pour confectionner les boulettes, il fallait de la charbonnée coupée en dé, des échalotes, du persil, un peu de farine et des œufs, du sel, du poivre, et bien pétrit la pâte, on pouvait attendre un jour pour la confection des boulettes.
Il fallait prendre une grosse noix de chair, la rouler dans la farine pour faire frire dans un saindoux bien chaud dans des grandes poêles juste bien dorées, on laissait refroidir, on en mettait en bocaux, avec un bouillon de viande, juste pour que ça baigne. On stérilisait une heure et demie.
Pour Jonas, c’était une fête, on prenait un petit déjeuné à 9 heures à la ferme, après avoir pansé les bêtes avec des grillades et du boudin, la maison embaumait de bonnes odeurs.
La salaison du porc était un véritable cérémonial. Il fallait verser un demi-litre de vinaigre sur une brique chaude, pour désinfecter le saloir, avant d’y introduire la viande. Le saloir était un immense pot de grès munis d’anses et coiffé d’un couvercle.
Dans un plat, on avait préparé des feuilles de laurier brisée, du poivre en grain, du poivre moulu, des épices, de la sauge, du salpêtre, des gousses d’ail, tout ça bien mélangé. Deux jours après le découpage pour que le porc soit bien froid, on pouvait procéder au rangement dans le saloir pour avoir par couche du gras du maigre, jambonneau, oreilles et pieds, parsemer des épices puis du sel par couche de 2 centimètres et rebelote jusqu’à épuisement de la viande. La couche du sel du haut était un peu plus épaisse, on mettait un linge sous le couvercle. Quelques jours après on vérifiait si la saumure recouvrait suffisamment le lard, sinon on mettait de la saumure : (4 kilos de gros sel fondu de 10 litres d’eau pour un bonne conservation). Au bout d’un mois on pouvait commencer à s’en servir et à déguster un lard qui sentait bon la noisette. C’était l’homme de la famille qui souvent s’occupait du saloir.
Toute la viande n’était pas consommée, une partie était donnée à d’autres famille qui rendait cette bonne manière, lorsqu’elle tuait le cochon à son tour, c’était une occasion d’avoir toujours de la viande fraiche.

L’amoureux des mots

DSCN9585L’amoureux des mots 28
Jonas dit à sa grand-mère Charlotte « Mamy raconte-moi s’il te plait comment vous vous occupiez de la vigne autrefois ? »
La grand-mère lui répondit : « Nous avions une vigne que le père Paul avait plantée en Mont Mauroy, sur une terre très sablonneuse, au milieu, il y avait un gros noyer. Cette vigne nous occupait bien tout au long de l’année. Entre tous les autres travaux, c’était d’abord le labour, avec un cheval, il ne fallait pas trop les ceps et ne pas travailler la terre par temps humide, cela provoquait le chlorose. Au printemps, dès les premières pousses il fallait nettoyer les pieds des treilles des rejetons. Ensuite éclaircir sur chaque nœud la foison des pousses, on en gardait que trois, les plus belles. Et avant la fleuraison les moucher au-dessus d’une feuille, pour qu’elle puisse protéger les raisins des intempéries.
Il fallait piocher pour entretenir, c’était ton grand-père qui le faisait par temps chaud et sec à cause de la chlorose qui aurait jauni les feuilles.
En juillet on rognait les tiges pour favoriser le grossissement des raisins.
En attendant le murissement, il fallait préparer cuves et tonneaux, les abreuver. Pour la vendange, nous avions des benatons, sorte de grands casier en osier dans lequel les vendangeurs versaient les paniers de raisins. Un homme passait tous les deux rangs avec un benaton sur le dos, qu’il fallait ensuite basculer dans le cuveau qui était sur le chariot, il fallait une petite échelle.
Le soir, il fallait mettre les raisins dans la cuve. Le lendemain, il fallait piger, la fermentation faisait remonter les grappes, donc avec un grand râteau à trois dents, on l’enfonçait dans le liquide, pendant quelques jours, pour arrêter la fermentation on versait quelques seaux d’eau froide pour faire retomber les grappes.
Ensuite on mettait en perce pour gouter « le vin bourru ». On le mettait dans les tonneaux qui avaient été mêchés (on faisait bruler des plaquettes de soufre pour désinfecter les tonneaux en place à la cave, avec un énorme entonnoir fait exprès pour tenir sur l’arrondi du tonneau, on ne les bouchait pas tout de suite, on attendait qu’il s’apaise.
Le vin était mis en tonneau, et tiré en bouteilles avant que la vigne ne soit en fleurs.
Sur les marcs restés dans la cuve, on mettait un peu de sucre et de l’eau pour refaire pour obtenir la boisson qu’appelait « Kroumir ».
On faisait quelques tonneaux qui étaient la « boitte » journalière.
On conservait les marcs dans des tonneaux ouverts pour confectionner en distillant l’eau de vie. »

L’amoureux des mots

L’amoureux des mots 27
Le travail du bois intéressait beaucoup Jonas, la commune de ses parents, bien pourvue en forêt, propose trous les ans, des lots qu’on appelle portions ou affouages à tous les foyers de la commune. Moyennant une petite somme, chacun peut accéder à un affouage. Les lots sont tirés au sort, car il y en a de plus avantageux que d’autres. Cette pratique veut que les parcelles soient libérées au 15 avril, les arbres devant être abattus. Le bois doit être façonné puis empilé. Il doit être débardé avant le 15 septembre. Quand le temps le permet, il s’agit de couper le taillis en respectant les « baliveaux » : jeunes arbres bien droits et vigoureux pour recréer la nouvelle récolte.
Dans les affouages, on peut apercevoir du gibier.
Les hommes aimaient bien partir pour la journée, emportant de quoi manger au bois au bord des feux alimenté par du bois qu’ils ne façonnaient pas en bois de chauffage. Le soir ils bouchaient bien avec les cendres pour avoir des braises pour le lendemain. Ils pouvaient faire cuire des pommes de terre sous la cendre et griller des tranches de lard, ou faire chauffer le café emporté autre fois dans des bouteilles, ils le réchauffaient dans une petite casserole. Ils se munissaient d’un seau et d’une pelle pour transporter les braises dans un autre foyer. Lorsqu’ils ramenaient du pain, c’était le fameux pain aux lièvres qui devaient avoir un gout spécial car ramené du bois. Jonas raffolait du pain aux lièvres.
Autrefois, lorsque les hommes allaient au bois, c’étaient les femmes qui pansaient les chevaux.