Petite histoire de l’agriculture à Saint-Maurice-sur-Vingeanne.

Lorsque les premiers hommes arrivèrent dans la vallée de la Vingeanne, ils virent une rivière entourée de forêts. Tout naturellement, ils s’établirent, hors de portée des crues. Les hommes du Néolithiques étaient présents à La Romagne. Les gallo-romains établirent trois villae, une en Violata (à gauche sur le coteau en allant à Montigny-sur-Vingeanne, lorsque l’on quitte Saint-Maurice-sur-Vingeanne), une à La Romagne, et une au Crepôt. Un cimetière Mérovingien existait en Mont Maurois. A l’époque chrétienne un sanctuaire fut établi sur un monticule, au pied d’une source. Il fut placé sous le vocable de Saint-Maurice. Le second patron fut saint Guérin, puis saint Blaise.  Sanctus Mauritius-super-Vingeannam  dépendait de l’évêché de Langres. La commanderie des Templiers de la Romagne fut établie en 1144. En 1227, dame Ynglette d’Orain et Agnès de Saint-Maurice firent des donatio pro remedio animae (donations pour le repos de leur âme), une terre et un moulin furent donnés aux Templiers. Jean de Courchamp fit également une donation aux dits Templiers. Ils devinrent seigneurs de Saint-Maurice. La Corvée de Saint-Maurice, et celle de La Romagne appartenaient à ces moines soldats.

Après 1314, la commanderie des Templiers passa aux mains des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem.

A l’époque de l’Ancien Régime, le finage de Saint-Maurice-sur-Vingeanne était divisé en plusieurs secteurs. Il y avait les bois du seigneur, et les bois communaux, les terres appartenant directement au seigneur comme les lieux-dits : La Corvée  et les terres soumises au cens. Le finage était divisé en trois épies ou soles : l’épie de Changevelle, l’épie de Genevrand et l’épie de La Romagne. Ces trois soles voyaient les cultures tourner sur trois ans. L’épie qui n’était pas cultivée, dans le cadre de l’assolement triennal avec jachère, était appelée : le sombre. Au XIXème siècle des cultures industrielles comme celle du chanvre et du houblon, firent leur apparition sous l’impulsion des grands propriétaires  comme monsieur Chambure. Les travaux d’Olivier de Serres sur la rotation des cultures et le cercle vertueux de l’agriculture ne furent mis en pratique qu’après la Révolution française et la redistribution des terres après la vente des biens du clergé comme bien nationaux, et même bien plus tard avec l’apparition de l’agriculture industrielle.

A Saint-Maurice-sur-Vingeanne, l’unité de mesure était le journal. Un journal valait 34 ares 28, c’était la surface de terre labourable par un homme en journée. Le nom de cette unité de mesure peut varier d’une région à l’autre et la mesure de terre également.

Lorsque l’on mesurait les surfaces d’une parcelle, on prenait deux enfants, à l’endroit où on mesurait les parcelles litigieuses, on giflait les enfants, pour qu’ils s’en souviennent toute leur vie. Georges Château et Michel Guenin,  ont subi cette pratique ancestrale, remontant à l’époque médiévale et me l’ont confié.

Pour connaitre l’histoire de l’agriculture, dans un lieu donné, il y a les terriers, les baux ruraux, les actes des tribunaux, le cadastre, la matrice cadastrale et les recensements agricoles.

Je m’attacherai à l’étude du recensement agricole de 1829, à Saint-Maurice-sur-Vingeanne, comme un apprenti historien ruraliste.

En 1829, il y avait 6 chevaux entiers de trait, 50 hongres de trait, 60 jument de trait, 1 cheval de selle, 7 poulains, 8 pouliches, et aucun étalon. Il y avait 3 taureaux, 6 bœufs, et 200 vaches. Il y avait 300 moutons de race indigène. 200 porcs ont été comptés.

Au total : 130 chevaux, 209 bovins et 300 moutons !

Un propriétaire avait 7 vaches, 1 propriétaire avait6 vaches, 9 propriétaires avaient 4 vaches, 11 propriétaires avaient 3 vaches, 22 propriétaires avaient 2 vaches et 22 propriétaires avaient 1 vache.

C’était le règne de la petite propriété.

En 1837 : 375 hectares sur 1760 hectares était ensemencés en froment, 4500 hectolitres par ha ont été produits  65 hectares ont été ensemencés en seigle, 780 hectolitres ont été récoltés. 147 hectares ont été sen ensemencés en orge, 1470 hectolitres par ha ont été récoltes. 1  hectare a été ensemencé, 10 quintaux ont été récoltés.  293 hectares d’avoine ont ensemencés, 2516 hectolitres par hectare ont été récoltés. 5 hectares de légumes secs ont été ensemencés, 20 hectolitres par hectare ont été récoltés. 30 hectares de pommes de terre ont été plantés, 900 hectolitres par hectare ont été récoltés.

Pas de maïs, pas de colza, pas de soja !

1791 : assainissement de la prairie, très marécageuse.

1792 : un garde champêtre est nommé pour un salaire de 150 francs.

En 1831, il y avait 2 pâtres, l’un pour les bovins, l’autre pour les ovins et les caprins

En 1837, toujours à Saint-Maurice-sur-Vingeanne, la vaine pâture est réglementée, d’une part dans la partie haute de la grande prairie, d’autre parte, la partie basse, la prairie de Vesvres  le rû d’Orain.

En 1842, le parcours du bétail est autorisé de la saint Michel à la saint André. Le canton de la Cloche, est autorisé au pacage.

La grande propriété existe, 7 propriétaires de Saint-Maurice-sur-Vingeanne sont assujettis à la taxe foncière, un de la Romagne, Victor Noel  possède le bois des Couées.

En 1839, il y a 129,5 hectares de terres labourables, 286 hectares de prés, 181 hectares de vignes, 139 hectares de chènevières, 258 hectares de jardin, 188 hectares de vergers, 139 hectares d’oseraies, 1 hectare de friches, 1 hectare de pâtis.

Les forêts ne sont pas comptées, les terres labourables sous évaluées ?

En 1855 : il y a 171 affouagistes.

1876 : la foire au houblon a lieu à Fontaine-Française.

1885 : foire au houblon à Saquenay. 1887 : suite au phylloxéra, intoduction de plans américains.

1890 : Amodiation de l’herbe des chemins.

1891 : Prime pour la destruction des hannetons.

1893 :  La grande sécheresse, les bêtes vont manger dans les bois. 910 francs sont alloués aux victimes de la sècheresse.

1893 : on dénombre 3 cultivateurs et 12 fermiers.

Des vitraux du souvenir bien oubliés.

Des vitraux du souvenir bien oubliés.

La Société Historique et Touristique de la région de la région de Fontaine-Française (SHTRFF) travaille depuis soixante-cinq ans à étudier et faire connaitre le patrimoine de la vallée de la Vingeanne. Dans le dernier numéro de sa revue Terroir, ont été analysées les œuvres créées dans les années 1920 pour porter le souvenir des Poilus morts pendant la Grande Guerre. Cette recherche a mis en lumière un type de réalisations étudiées et inventoriées dans d’autres régions de France, notamment dans le Nord, mais quelque peu délaissées en Bourgogne, il s’agit des vitraux patriotiques ou vitraux du souvenir. Celui de l’église de Saint-Seine-sur-Vingeanne, signé Jacques Grüber, est une œuvre de qualité à rattacher à l’école de Nancy. C’est pour attirer l’attention du public sur ce patrimoine trop ignoré que la SHTRFF prépare pour l’été prochain, en collaboration avec l’association Patrimoine Ambiances et Couleurs de Bourgogne (PACoB), une exposition sur l’histoire des peintures murales en Bourgogne, avec un volet portant plus précisément sur les décors muraux et les vitraux des églises et châteaux de la vallée de la Vingeanne.

Les éoliennes en question.

Les éoliennes en question.

Une vingtaine de personnes a fait le déplacement pour une réunion publique au sujet de l’éolien, afin de se faire une opinion sur un projet d’installation de neuf éoliennes dans la Vingeanne à Saint-Maurice-Vingeanne.

Une réunion publique a été organisée mercredi, à la mairie de Fontaine-Française, par l’association VDV (Vallée de la Vingeanne), association de protection de l’environnement pour la vallée de la Vingeanne, sur le projet éolien de la Fougère à Saint-Maurice-sur-Vingeanne.
Michel de Broissia, maire de Champagne-sur-Vingeanne, et président depuis 2009, de l’association l’association VDV (Vallée de la Vingeanne) a présenté ses arguments concernant les éoliennes, en présence notamment de Georges Apert, maire de la commune de Saint-Maurice-sur-Vingeanne et de Franck Gaillard conseiller régional.
Selon Michel de Broissia, les éoliennes doivent respecter les règles d’encadrement. « Les éoliennes devraient être éloignées des habitations comme en Bavière, La distance de 10 fois la hauteur des éoliennes devrait être respectée. Selon le code de la santé publique de 2011 le bruit des éoliennes ne devrait pas dépasser 30 décibels. Les éoliennes ne devraient pas être implantées dans les forêts et les zones humides. Certaines éoliennes devraient être implantées en forêt sur le territoire de la commune de Saint-Maurice-sur-Vingeanne, selon le projet. Nous nous opposons à cela. » : a précisé en substance Michel de Broissia.
Témoignages:
Michael Fromantin, 46 ans, chaudronnier soudeur, habitant de Saint-Maurice-sur-Vingeanne :  » Je pense du mal des éoliennes. 180 mètres de haut c’est inutile. Cela dégrade notre paysage. De plus on est mal informé. On ne nous a pas dit où elles seraient?. »
Franck Gaillard, conseiller régional, artisan, conseiller régional, habitant de Chaume, commune de Chaume-et-Courchamp : « Les éoliennes c’est un gros scandale financier. On veut développer les énergies renouvelables, cependant si l’éolien marchait, on aurait des éoliennes sur tout le territoire. Ce n’est pas le cas. Il y a un problème visuel, un problème touristique et un problème écologique avec les éoliennes. »
Patrick Raphat, 56 ans, agriculteur à Orain : « L’éolien, c’est aberration économique. Au niveau local, on risque la saturation du paysage. On lutte contre le développement des éoliennes. »

Une généreuse donatrice et un généreux donateur au cœur de la vallée de la Vingeanne

Ils resteront dans les mémoires pour leur générosité.

De généreux donateurs

À Saint Seine sur Vingeanne, Sylviane Humber-Bajout a donné une partie de ses biens à cette commune. A Saint-Maurice Sur Vingeanne, Robert Sauvageot, agriculteur, dans ce village, a donné ses terres à la commune. Cette bienfaitrice et ce bienfaiteur, ont chacun une rue à leur nom dans leur commune respective.

Sylviane Humbert, née le 3 mai 1933 à Bèze, est adoptée par Roger Bajout, industriel, et son épouse, en 1978. Elle prend alors le nom d’Humbert-Bajout. Sylviane Humbert-Bajout, appartient à une famille originaire des communes de Pouilly sur Vingeanne, et de Saint Seine sur Vingeanne. Les grands- parents Monnier, artisan boulanger se sont installés en 1914 à Saint Seine sur Vingeanne. Leur fille Suzanne née à Saint Seine trouvera l’âme sœur en la personne d’un agriculteur dont le nom de famille est Humbert. Ce dernier était originaire de Pouilly sur Vingeanne. A leur décès grands-parents et parents ont souhaité reposer au cimetière de Saint Seine sur Vingeanne. En 1984, cette personne généreuse établit un testament à Grasse (06) chez son notaire stipulant qu’elle lègue la moitié de sa fortune à la commune de Saint-Seine-sur-Vingeanne (Côte-d’Or) et l’autre à Châtillon-Coligny (45), et a de plus cédé un immeuble à l’association ARJES. Chacune des deux communes a touché environ 800 000 €. Sylviane Humbert-Bajout est décédée le 9 mars 2008 à Grasse. Une plaque sur sa tombe, précise selon sa volonté qu’elle a été bienfaitrice de la commune de Saint Seine sur Vingeanne. La rue principale de Saint Seine sur Vingeanne porte son nom. « Ce legs a servi à mettre à niveau les rues les places et la route communale de Verfontaine, avec l’achat de matériels de chantier, à la création d’une alvéole supplémentaire dans le hangar communal, à la création de piste forestière. Cet argent a participé à la rénovation de la poste, et va nous aider à payer les 25% à notre charge sur la facture 1 200 000 € de l’église. » : confie Louis Gentilhomme.
Saint Maurice sur Vingeanne, a également connu cette situation. Robert Sauvageot qui a été agriculteur à Saint Maurice sur Vingeanne a fait un legs à la commune. La municipalité a donné son nom à une rue du village. Robert Sauvageot, décédé le 29 juin 2008 à Saint Maurice, a fait don de ses terres à la commune soit : 41 ha 70.
La bienfaitrice et le bienfaiteur de ces deux communes de la haute Vingeanne resteront dans les mémoires pour leurs legs, bien utiles en cette période de restriction des dotations de l’État

La Vingeanne en roulotte.

La Vingeanne en roulotte

De nouveaux services touristiques seront disponibles au cœur de la vallée de la Vingeanne. Céline Gribelin, de Saint-Maurice sur Vingeanne, proposera à partir du 1er juin, différentes prestations touristiques à la demande avec sa roulotte itinérante, tirée par son cheval.

Une roulotte, nommée : « La Vingeanne », a été restaurée par Céline et Philippe Gribelin de Saint-Maurice sur Vingeanne. Elle va être attelée avec Toscane, une jument comtoise, âgée de 10 ans.
Céline Gribelin a pour projet de louer cette roulotte, sur le week-end avec une balade itinérante dans la vallée de la Vingeanne. Dans l’idéal, les les gens arriveront le vendredi soir au camping de Montigny sur Vingeanne. Le samedi, Céline Gribelin proposera une balade en roulotte, tirée par Toscane, sur les routes de campagne, de Montigny à Saint Maurice sur Vingeanne, jusqu’à La Romagne. A midi, une halte sera effectuée à la chèvrerie du Clos Thomas, les touristes pourront alors soit pique-niquer, soit manger à La P’tite Fringale, à l’écluse 26, située en face de cette ferme.
Une autre formule sera proposée à la semaine, toujours en partenariat avec le camping de Montigny (il y a un snack, et le restaurant : « Le 23 » est à 200 mètres), Les locataires arriveront le samedi. Le dimanche, une balade en roulotte leur sera proposée. Le départ se déroulera, cette fois à 17 h 30 de la chèvrerie du Clos-Thomas, en laissant le temps aux enfants de donner le biberon aux cabris à la ferme, ainsi que la possibilité de déguster des fromages de chèvre. Dans la semaine, depuis le camping de Montigny, où ils logeront dans la roulotte. Les gens pourront rayonner et découvrir les sites touristiques de la région et retrouver la roulotte, le soir.
Céline, proposera une autre innovation la location de roulotte à domicile, les personnes ayant besoin d’un couchage supplémentaire, pourront louer la roulotte, pour la disposer au sein de leur cour ou de leur jardin.
« C’est de l’écotourisme, cela fera fonctionner le commerce local. Cette roulotte, c’est comme une caravane avec un couchage pour un couple et 2 enfants. Elle possède un coin cuisine, et un coin repas. C’est l’idéal pour décompresser, pour passer un moment en famille, et prendre le temps de vivre, et surtout écouter l’environnement au pas du cheval. C’est l’aboutissement d’un rêve d’enfant.  » : confie Céline Gribelin.
Céline propose également des balades en calèche avec une calèche 10 places et des balades sportives en calèche 3 places.

Locations itinérante de roulotte avec meneur du 1er juin au 15 octobre. Sur réservation. Devis. Téléphone : 06.46.01.51.10

La part des anges 2

Ses envolées lyriques ne laissaient personne de marbre, ses contemporains savaient qu’ils avaient à faire à un personnage, une légende qui cherchait son chemin spirituel. A travers le visage successif des humains qu’il côtoyait c’est Dieu qu’il cherchait.
La cérémonie de confirmation en l’église Saint Rémi de Bèze l’avait ému au plus haut point. L’imposition des mains, geste venu de fond des âges, semblait avoir touché les fidèles, la chrismation qui a oint le front des confirmands l’avait marqué.
La vie quotidienne était bercée de ses prières. Il priait sans cesse, malgré ses colères rentrées parfois étouffées qui sortaient parfois d’une manière ou d’une autre.
Il discutait avec sa mamy :
« Qu’est-ce que tu fais ? » : lui disait-elle.
Il répondait : « Je prie ! »
«Pourquoi ? » : rétorquait-elle curieuse
« Pour que le monde aille mieux ! » : lâchait-il !
Il ne savait pas transmettre sa foi, ni la dire, il avait du mal à la montrer. Parfois des chants latins lui revenaient à la mémoire. Ils étaient à la fois beaux et simples. Dans son enfance, le vieux prêtre de sa paroisse était un prêtre en soutane qui privilégiait le latin, cela l’a marqué à jamais.
Il pensait à Georges Bernanos en grandissant.
Pour lui Dieu, c’était le visage de tous les êtres humains. Une aura particulière le protégeait, il se mettait dans la main de Dieu.
Les fêtes religieuses d’autrefois qu’il n’a pas connu lui plaisaient beaucoup : la Fête Dieu et les Rogations en particulier.
Le journal d’une âme d Etty Hillesum, l’avait inspiré, le parfum des anges l’enveloppait comme une odeur de sainteté. Il n’était certes pas de bois. Il croyait beaucoup aux choses de l’esprit.
Les ailes des anges dans un bruissement inaudible pour les êtres humains battaient autour du lui. Il écrivait comme par magie, comme si il s’agissait d’une dictée. Il était inspiré.
La douceur de Noel l’imprégnait, il aimait particulièrement cette période. Il s’élevait vers les cimes éthérées de la méditation théologique dans la splendeur de la vérité.
Sa vallée est vêtue d’un blanc manteau d’église et de chapelles, dont certaines sont romanes comme Saint Maurice sur Vingeanne et Saint Seine sur Vingeanne. Des sources sacrée comme celle d’Illy près d’Orain, aidait les pèlerins à retrouver la santé. Autrefois, les femmes stériles se rendaient à la source de Sainte-Brigitte qui coulait sous l’ancienne église et avoir beaucoup de lait, en effet à Courchamp, sous le chœur de l’ancienne église, coulait la source de Sainte Brigitte, fréquentée par les jeunes mères de la vallée de la Vingeanne. Cet environnement était propice pour lui à la méditation. Deux puissantes abbayes veillaient autrefois sur la contrée, celle de Bèze et celle de Theuley près de Vars. Le lieu était inspiré.

La présence romaine en vallée de la Vingeanne et dans le Mirebellois

Mirebeau-sur-Bèze : Auteurs de la notice : Ph. Barral, E. Fovet, M. Joly, S. Mouton-Venault, L. Nuninger, M. Reddé, S. Venault

Cadre communal actuel
Contexte géographique
Mirebeau est une commune d’environ 2220 km2 située à une vingtaine de kilomètre au nord-est de Dijon. C’est une commune dont la topographie est peu nuancée avec un point culminant à 241 mètres tandis que les zones les plus basses se situent autour de 200 mètres. Le village est implanté au centre-sud de la commune en plein coeur de la zone alluviale de la Bèze et des ruisseaux affluents, aujourd’hui canalisés. La commune est traversée par la départementale D70 qui supporte un trafic relativement important sur l’axe Gray (Haute-Saône) – Dijon (Côte-d’Or). Ce contexte montre que le patrimoine archéologique de la commune de Mirebeau est d’une part menacé par l’extension de l’urbanisation et d’autre part par la construction d’une bretelle de contournement du village.
La commune de Mirebeau a fait l’objet de nombreuses recherches archéologiques d’abord par une prospection aérienne intensive de R. Goguey dès les années 1960, puis par plusieurs fouilles programmées sur les deux secteurs de Champ au Carreau et de La Fenotte, dirigées par R. Goguey, M. Reddé, J.-P. Guillaumet, M. Joly et Ph. Barral, entre la fin des années 1970 et 2007. Deux petites interventions de sauvetage ont eu lieu en 1991 (La Fenotte, Ph. Barral) et 1999 (Mirebeau centre, E. Pigeau). En 2001, une opération d’archéologie préventive d’envergure, dirigée par S. Venault, a également eu lieu à La Fenotte. Enfin, la réalisation d’une étude préalable au contournement de Mirebeau, réalisée en 2002 par S. Venault, une étude et un programme de prospection thématique en 2003 menés par E. Fovet ainsi qu’une prospection systématique dirigée par L. Nuninger de 2005 à 2006, ont permis de dresser un pré-inventaire de la commune et d’explorer près de 160 ha, qui ont fourni des informations inédites. A ce jour, outre le complexe militaire et civil lié à la VIIIème légion d’une part, le sanctuaire et la zone d’habitat de La Fenotte d’autre part, l’ensemble des opérations permet de dénombrer 14 sites archéologiques de l’Âge du Fer, de la période gallo-romaine (notamment du Haut-Empire) et du Haut Moyen Âge dont 4 structures funéraires. On notera également la présence de 4 inscriptions datées des Ier-IIème s. ap. J.-C. trouvées au XIXème s. sur le territoire de la commune et plusieurs découvertes anciennes isolées, intéressant l’âge du Bronze, La Tène et la période gallo-romaine.

Etymologie
La commune de Mirebeau est mentionnée à plusieurs reprises dans les textes médiévaux sous la forme Miribellum, Mirabellum. La première mention du nom apparaît associée à la date de 801 (Courtépée et Beguillet 1986), toutefois en tant que lieu Miribellum est mentionné pour la première fois en 1031 puis sous la forme Mirabel en 1163-1179 (Dauzat et Rostaing 1963). A. Déléage note qu’il est mentionné dès 815, sous le nom de Vindobrensis finis, un lieu situé sur le territoire de Mirebeau (Déléage 1941). Il pourrait s’agir d’un hameau ou d’un village absorbé par la commune de Mirebeau.

Axes routiers antiques traversant la commune
Plusieurs voies antiques sont connues autour de Mirebeau (Fovet,2003a ; Venault, 2002). Elles rappellent que le site occupe dans l’Antiquité une position stratégique de premier ordre. Nous retenons ici seulement les quatre routes qui partent de l’agglomération mirebelloise.

1- La voie romaine la plus importante est celle qui quitte le camp de la VIIIè Légion par le nord et se dirige vers Langres. Elle est généralement datée par le milliaire trouvé sur son tracé, à Sacquenay, du règne de Claude au plus tard (Foisset et Simonnet 1872, voie n° 13 ; Bénard, Mangin, Goguey, et al. 1994, p.271, fig. 78 ; Goguey, Reddé 1995, p. 6-7 )
Elle rejoint, à Vaux-sous-Aubigny, la voie Lyon-Chalon-Dijon-Langres-Trèves. Elle correspond vraisemblablement à la voie que décrit Strabon (4, 6, 11), entre Langres et les Alpes Pennines (Reddé 1995, p. 7).

2- La voie Autun-Pontailler traverse le camp de la VIIIè légion d’est en ouest. En effet, le tracé de la via principalis est emprunté par une route qui sort de la Forteresse par l’est, et qui conduit à Pontailler, c’est-à-dire jusqu’au passage de la Saône. Elle est très bien conservée dans le paysage actuel, reprise la route départementale 959. Vers le sud-ouest, elle correspond à la route menant vers Autun, qui reprend un tracé protohistorique conduisant de Bibracte à la Saône (Reddé 1995, p. 7 ; Reddé, dans Reddé et alii, 2006, p. 331).

3- Une voie secondaire, déjà repérée au XIXème s. ((Foisset et Simonnet 1872, voie n°24), se dirige vers Beire-le-Châtel. Elle a été retrouvée, lors de l’intervention de sauvetage réalisée en en 2001 à la sortie de Mirebeau (21 416 043). La suite de l’itinéraire peut être reconnue, grâce à une série d’observations récentes (21 416 017 et 21 619 003 : Fovet 2003, p. 64), son tracé semble parallèle à la départementale 112.

4- Au nord-ouest de Mirebeau, une voie part en direction de Til-Châtel (Bénard, et alii, 1994, p. 271, fig. 78), en passant par les communes de Noiron-sur-Bèze, Bèze et Lux, où elle franchit la Tille (Anonyme 1958, p. 34), suivant approximativement la route départementale n° 959. Son embranchement avec la voie n°3 a été rencontré lors des fouilles de sauvetage, effectuées en 2001, à la sortie du bourg de Mirebeau (21 416 043).

Organisation du paysage : cadastre, centuriation
Un système parcellaire fossoyé a été mis en évidence au sud du camp militaire républicain de la Fenotte. Les fossés s’organisent en fonction d’une trame orthogonale qui délimite des surfaces équivalentes à des subdivisions d’actus carré (demi ou quart) : parcelle de 35 x 18 m = 630 m² (soit un demi actus carré), parcelle 20 m x 13 m = 260 m² (soit peu moins d’un quart d’actus carré). Ce système parcellaire a pu être mis en place au moment de l’implantation du camp dans le troisième quart du Ier siècle av. J.-C.
D’après G. Chouquer (Chouquer, Favory 1991, p.183-187), la région de Mirebeau constitue un exemple de ce qu’a pu représenter un essai de restructuration du paysage et de l’habitat, sous l’influence de l’armée romaine. A partir de 70, en effet, la présence de la VIIIème légion et de ses vétérans va contribuer à restructurer le paysage tout entier dans un contexte quasi colonial. L’aspect imposant de ce complexe militaire laisse percevoir la façon dont Rome a su réagir aux troubles qui animaient la région et imposer un nouvel ordre militaire et administratif dont une illustration majeure consiste dans la centuriation qui s’étend sur toute la zone située entre Dijon et le cours de la Vingeanne. Cette centuriation d’orientation NG-28°E, se fonde sur le tronçon observé de la voie qui relie Chalon-sur-Saône à Langres, voie dites d’Agrippa. Les vestiges du cadastre abondent dans la région de Mirebeau où ils guident notamment l’orientation du camp légionnaire (fig. A – Chouquer, Favory 1980 Fig. 34 p. 62). L’activité d’arpentage qui a animé la région à l’époque flavienne et au début de celle des Antonins est signalée à Mirebeau par la découverte au XIXème d’un pied romain.
L’homogénéité des ensembles archéologiques soulignant la relativement courte durée d’occupation de sites de grande ampleur (camp militaire, villa d’Attricourt) ainsi que la découverte d’une borne milliaire de la voie trouvée à Dijon et datée de Trajan indiquent que ce cadastre a été réalisé de manière concertée et rapide avec une véritable volonté de marquer le territoire lingon. Toutefois, à partir de la seconde moitié du IIème siècle, l’occupation semble marquée par un ralentissement, voire un déclin, avec une mutation foncière en toile de fond. En effet, probablement lié à l’expansion de l’agglomération de Dijon et à la fortune d’une élite municipale, on observe à partir de cette époque le développement de grands domaines au détriment probable de l’habitat colonaire et de la petite propriété. Certains de ces domaines s’installent sans respecter l’orientation du cadastre (à Orgeux, par exemple, à 10km au nord est de Dijon). Ils atteignent leur plein développement au début du IIIème siècle. A l’époque des Sévères, la région connaît une nouvelle présence militaire qui s’accompagne certainement d’une réactivation du réseau cadastral. La dédicace d’un soldat de la XXIIème légion aux dieux des carrefours à deux, trois et quatre voies pourrait témoigner de ce processus car elle a été trouvée à un carrefour de Til-Châtel, entre un decumanus de la centuration et la voie de Dijon-Langres, servant ici de kardo. Après ce dernier témoignage daté de 226, le devenir du cadastre est inconnu.

Histoire de la commune de la période protohistorique au haut Moyen-Age
L’occupation protohistorique
Une fréquentation du territoire de Mirebeau est attestée dès l’âge du Bronze par l’observation de deux fosses et d’objets isolés (céramique, épingle en bronze) sur le site de La Fenotte (La Fenotte I) et par la découverte de deux objets, dans le village (anse de vase en contexte, Bourg III) et hors contexte (couteau, découverte isolée n°3). Mais en l’état actuel de nos connaissances, il est impossible d’identifier une implantation stable dès cette époque.
Les premières structures liées à un habitat pérenne apparaissent à la transition La Tène B – C (fin IVe s. – début IIIe s. av. J.-C.) dans le village (Bourg III), sous la forme d’une fosse contenant un mobilier céramique caractéristique et une perle en verre, ainsi qu’à la Fenotte (La Fenotte I), avec les aménagements primitifs du sanctuaire (fossé d’enceinte, enclos palissadés, fosses et dépôts). On observe ensuite une occupation continue jusqu’à La Tène finale (Ier s. av. J.-C.) avec des phénomènes intéressants d’occupation de l’espace intra-site liés à la romanisation (Venault, Biérent, Mouton 2003 ; Barral, Joly, Mouton et Venault 2002 ; Joly, Barral, Venault et Mouton 2004). En dehors du village, on a pu observer quelques traces d’occupation laténienne, en particulier sur l’établissement gallo-romain de la Tuilerie (La Tuilerie I). Ces indices situés en bordure de la voie d’Agrippa pourraient constituer un élément important pour la datation du réseau viaire inter-régional.

L’occupation gallo-romaine
La période gallo-romaine est celle qui présente la plus forte densité d’occupations, particulièrement à l’époque flavienne, en lien avec l’installation du camp de la VIIIe légion (Champ au Carreau I, La Rieppe I, Champ Vaurien I et II, La Garenne I et II, Les Truites I). La prospection de 2006 a permis d’affiner la datation (Ier-IIIe ap.) de l’édifice public (?) de Champ Vaurien I et a renforcé notre connaissance de l’occupation antique avec la découverte de trois établissements supplémentaires (La Tuilerie I, Charme au loup I, Mortagne III-V/pièce du Saule II). Parmi ces établissements inédits, deux d’entre eux sont datés sans réelle surprise des Ier-IIIe s. ap. J.-C. mais ils montrent une forme d’occupation complémentaire (petits habitats : station routière ? ou ferme ?) aux établissements que l’on connaissait déjà. Le troisième établissement malheureusement le moins bien cerné est très intéressant car les quelques tessons collectés suggèrent une occupation tardive (IIIe-VIe s.) qui est quasiment absente sur la commune.